On est toutes des fangirls, même juste une nuit

Les lignes que vous vous apprêtez à lire sont loin d’être écrites par une fangirl. La preuve, j’ai déjà ramené les membres de Gazoline à leur hôtel, et il ne s’est absolument rien passé! Enfin presque…

J’aime penser que je suis au-dessus de tous les émois vécus par les groupies, mais je dois avouer que j’ai l’impression d’avoir un lien particulier avec ce band rock francophone d’origine saguenéenne depuis ce jour. On vient du même coin, on adore chanter dans la langue de Molière et on a un amour spécial pour les shooters.

Pourtant, je suis incapable de nommer les titres des chansons à la radio même si je chante les paroles à tue-tête. Je refuse d’aller prendre un selfie avec une vedette croisée dans la rue ou à un événement. Les seuls morceaux musicaux sur mon iPhone sont ceux qu’on pouvait télécharger gratuitement sur iTunes chaque semaine. Alors, comment me suis-je retrouvée à faire un lift à trois beaux musiciens ? L’histoire est quand même croustillante.

C’était il y a deux ans. Le gouvernement avait encore coupé dans la culture, alors Radio-Canada en avait mangé un coup. Un spectacle a été organisé à Jonquière en soutien à la station de télévision régionale, et une foule d’artistes natifs du Royaume avaient été invités. Gazoline avait joué deux chansons. Plus tard, il y avait une grosse soirée organisée par une gang du cégep dans un bar. Aucun lien entre les deux évènements. Mes amies y allaient, alors j’ai suivi.

Comme tout groupe rock qui se respecte, Gazoline avait aussi senti l’effluve du party. C’était plutôt drôle, parce que le thème de la soirée était la musique rock. Les tenues un peu crasses et les t-shirts à l’effigie des Rolling Stones étaient à l’honneur. Les lieux étaient surpeuplés et l’ambiance était survoltée. Moi, complètement dans le champ, je portais une camisole fleurie et j’étais sobre. Vive les conducteurs désignés.

D’habitude, je m’enivre en dansant comme une folle sur la piste, mais là, mon amie refusait d’aller du côté discothèque. Elle avait son plan en tête et avait remarqué les gars de Gazoline dès leur entrée, comme une vraie groupie passionnée. En bonne complice (comment pouvais-je lui faire rater cette chance ?), je l’attendais patiemment au bar, sans même un truc à boire ou quelqu’un avec qui discuter pendant qu’elle s’amusait à cruiser. Bref, je m’emmerdais.

À côté de moi, il y a un type plutôt séduisant en train de boire un verre. Je reconnais le nouveau musicien qui s’est joint à Gazoline, mais que mon amie ne pouvait pas nommer.

«Hé, tu n’étais pas sur scène au show tout à l’heure ?»

Oui, j’ai bien abordé un gars alors que j’étais en couple. Faut croire que l’ennui fait faire bien des folies. Mais comment résister au souvenir du coup de cœur de toute adolescente, soit un rocker ténébreux et esseulé qui attend juste un peu d’attention?

Je ne me suis jamais aussi senti en confiance. Je n’avais rien à gagner, alors on a jasé pendant toute la soirée. Je trouvais ça trop drôle de poser des questions sur la vie de musicien quand les projecteurs sont éteints, et d’avoir des réponses sincères comme seul un homme avec plusieurs bières avalées peut en fournir. Oui, c’est plus facile d’avoir des filles. Non, ce n’est pas toujours la joie de gagner sa vie comme ça.

C’était comme un rêve. Un moment donné, je vais chanter au karaoké avec mon amie et sa colocataire. Du Britney Spears dans sa version la plus ridiculeusement aguichante, Hit me baby one more time. Sauf que mes compagnes faussent, et moi, tout ce qui sort de ma bouche sonne comme un chaton en train de se faire écraser. Vous savez, les décibels dans un bar ? À quel point il faut crier dans l’oreille de son interlocuteur pour se faire entendre ? Imaginez soutenir ce rythme de conversation pendant une heure. Mes cordes vocales ne l’ont pas supporté.

Xavier Dufour-Thériault n’a pas supporté non plus qu’on détruise l’œuvre d’une de ses chanteuses favorites, alors il est venu nous aider au micro. Oui, on a beuglé du Britney Spears avec le chanteur de Gazoline dans un bar en plein milieu de la nuit !

Ceci aurait très bien pu être le merveilleux clou de la soirée, mais ça ne s’arrête pas là. Mon cher musicien m’avait confié que le drummer, fatigué, avait laissé ses camarades en plan pour filer direct à l’hôtel. En généreuse Saguenéenne, j’offre de les conduire (mon amie ne serait sûrement pas contre un peu de compagnie sur la banquette arrière en plus…)

Malheureusement, mon plan n’a pas fonctionné et je me suis retrouvée seule avec les trois joyeux lurons. Vous savez, le genre d’histoire dont votre mère ne doit absolument pas être au courant ? (Vous comprenez maintenant pourquoi cet article est rédigé de façon anonyme.) Après la conversation de fin de veillée la plus comique jamais tenue dans mon auto, j’ai finalement laissé les gars à leur hôtel et je suis retournée chez moi. Oui, point. Mais j’ai quand même donné la bise à mon beau musicien avant qu’il débarque !

Vous devinerez que j’ai raconté cette anecdote des dizaines de fois. Enfin, une fois que j’aie eu retrouvé ma voix.

***

Samedi, j’ai revu Gazoline en spectacle, à Alma. La salle était tellement intime que j’aurais pu aller parler à mon musicien ténébreux en de nombreuses occasions au bar, mais j’ai préféré être une spectatrice anonyme durant le show. Surtout qu’il y avait de la place en masse pour danser, et que maintenant, je connais les paroles de plusieurs de leurs chansons par cœur.

C’était parfait. J’ai trouvé les gars un peu plus matures dans leurs pièces, mais c’est peut-être juste parce qu’ils étaient trop craquants avec leur veston. J’adorais aussi le nouveau son du clavier, ça donnait une touche pop et originale à leur beau rock.

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Pendant le rappel, j’aurais pu effleurer mon musicien quand il est descendu dans le public, mais je n’ai pas osé. Par contre, on a discuté pendant un bon cinq minutes après le spectacle, et il m’a offert de toucher sa moustache ! Comment en sommes-nous venus là durant la discussion, je me le demande encore. Il s’est rappelé de moi et semblait presque déçu que cette fois, l’hôtel soit juste à côté du bar. Pas besoin de lift…

En résumé, j’ai passé vraiment une belle soirée. Je vous relate mes péripéties, et ça me fait réfléchir cependant. Depuis deux ans, je ne peux pas m’empêcher de lire les articles au sujet de Gazoline chaque fois que j’en vois passer un, et je connais pas mal leurs projets. Même si je n’ai pas de tourne-disques, je n’ai pas pu résister à leur beau vinyle magenta et je l’ai fait autographié. Je suis restée moi-même par contre, je n’ai pas pris de selfie !

Tout de même, est-ce que je serais finalement… juste pour ce band… une fangirl?

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